J'avais emprunté un livre de Proust au CDI en 3e. Ca devait être trop tôt, je ne me rappelle pas être rentrée dans le livre alors.
La deuxième rencontre a bien eu lieu quand j'ai eu 18 ans. Après mon bac littéraire, j'ai fait une classe prépa littéraire: hypokhâgne classique, dans le lycée Henri Poincaré de Nancy où j'avais fait mes classes secondaires. Pour nous préparer à la classe prépa, une liste d'ouvrages à lire pendant les vacances d'été nous avait été donnée. Enfin plutôt qu'une liste, un vrai catalogue des classiques de la littérature qui devait nous permettre de partir sur une base de culture commune. C'est là que j'ai vraiment lu Du côté de chez Swan, et puis toute La recherche du Temps Perdu. Avec Victor HUGO, PROUST est devenu mon écrivain préféré. Son style, son souffle, et surtout sa théorie de la réminiscence m'ont fascinée.
"La petite madeleine" de Proust est devenue une expression courante, pour ne pas dire populaire, prouvant peut-être de la meilleure façon que son intuition de la réminiscence nous touche tous. Comment une sensation, une odeur, un reflet, un goût, un son peuvent avoir ce pouvoir improbable de nous ramener des années, des décennies en arrière, réveillant un temps qui ne sera plus qu'à travers cette réminiscence fugace?
J'ai un problème: ma mémoire. Elle fonctionne parfois trop bien, et j'ai tendance à me rappeler de choses dont je ne devrais pas me souvenir (mes chaussons de maternelle, comment j'ai appris l'alphabet en maternelle aussi, etc), et surtout le passé revient quotidiennement: pas un jour sans que je ne pense à des choses précises de mon enfance (C'est grave Docteur?). Autant dire que la théorie de la madeleine, je la pratique tous les jours.
La petite madeleine que je veux partager avec vous aujourd'hui, c'est les vacances d'été chez mes grand-parents. Enfant, ado, étudiante, j'ai vécu en Lorraine. Avec ma soeur nous allions en vacances plusieurs semaines à Beaune chez mes grand-parents; la vie m'a conduite à venir habiter cette même ville il y a presque 10 ans maintenant. Sur le terrain de la maison de mon grand-père, ma mère a fait construire sa maison, en été nous y allons souvent, mes filles peuvent courir dans le jardin...Il y a une quinzaine de jours, nous attendions que ma mère et mon beau-père rentrent de vacances, Zoé jouait aux Playmobil sur une couverture, je lisait les Fourmis sur un transat, à l'ombre des marronniers, étrange sensation de voir ma fille à la même place que moi à 25 ans d'intervalle...
Il y a beaucoup de petites choses qui me font l'effet madeleine "vacances chez Pépé et Mémé": la sirène de la ville qui sonne à midi tous les samedis: quand je l'entends, je nous vois rentrer du marché, sur le perron de la maison, et je sens le sirop de cassis que ma grand-mère nous servait "pour l'apéro", le fromage de chèvre frais acheté au berger, les pastilles Vichy quémandées au marchand de bonbons et le melon qui ouvrait souvent nos repas d'été.